Vallée de l'Orkhon

Vallée de l'Orkhon

Vallée de l'Orkhon

Berceau de l'empire mongol et terre d'élevage équin, la vallée de l'Orkhon superpose 1 200 ans d'histoire nomade entre Karakorum, monastères et gorges basaltiques.

La vallée de l'Orkhon s'étire sur près de 1 100 km depuis les monts Khangaï jusqu'à la frontière russe, mais c'est son cours supérieur, entre Kharkhorin et les chutes d'Ulaan Tsutgalan, qui concentre l'intérêt historique et paysager. Nous parlons ici d'une mosaïque de prairies vallonnées, de coulées basaltiques noires et de méandres argentés, à une altitude moyenne de 1 500 mètres. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2004, non pour un monument isolé, mais pour 1 200 ans d'histoire nomade superposés sur un même territoire : stèles turques du VIIIe siècle, capitale ouïgoure de Khar Balgas, ville mongole de Karakorum, et campements d'éleveurs toujours actifs aujourd'hui.

Karakorum, fondée par Gengis Khan en 1220 et achevée par son fils Ögödeï, ne fut capitale de l'empire que pendant une quarantaine d'années avant que Kubilaï Khan ne transfère le pouvoir à Pékin. Il ne reste presque rien de la ville en surface, hormis deux tortues de pierre qui marquaient ses limites. À son emplacement s'est élevé en 1586 le monastère d'Erdene Zuu, le premier centre bouddhiste de Mongolie, ceinturé par un mur de 400 mètres de côté ponctué de 108 stupas blancs. Les trois temples principaux datent du XVIe siècle et ont survécu aux purges staliniennes de 1937, alors que les autres édifices monastiques mongols étaient rasés. C'est aujourd'hui à nouveau un monastère actif, où une dizaine de moines officient.

Au sud du village de Kharkhorin, la route se transforme en piste et l'on remonte la rivière Orkhon vers les chutes d'Ulaan Tsutgalan, aussi appelées chutes d'Orkhon. Hautes de 24 mètres et larges de 10, elles se jettent dans une gorge basaltique formée par une éruption volcanique vieille de 20 000 ans. Le débit est correct de fin juin à août, plus faible le reste de l'année. Autour, le plateau est constellé de petits cônes volcaniques, et l'on croise les sources chaudes de Tsenkher, dont l'eau sort à 86°C et que nous utilisons pour des bivouacs avec bassins aménagés.

La région est le cœur historique de l'élevage du cheval mongol. Les familles que nous connaissons dans le soum de Khujirt ou de Bat-Ölzii possèdent des troupeaux de 80 à 300 chevaux, et la fabrication de l'airag, le lait de jument fermenté, occupe les femmes de juin à septembre. On bat le lait dans des outres en cuir, 3 000 à 5 000 coups par jour pour atteindre 2 à 3 degrés d'alcool. Servi en bol à l'arrivée dans la yourte, accompagné d'aaruul (fromage séché) et de borts (viande séchée), c'est l'entrée en matière obligatoire chez l'éleveur. La tradition équestre se prolonge dans les courses du Naadam local, début juillet, où des enfants de 6 à 12 ans montent à cru sur 15 à 30 km.

Le climat est plus clément que dans le Gobi ou l'Altaï : étés autour de 22°C en journée, nuits fraîches autour de 8 à 10°C, hivers rigoureux mais secs. Les précipitations se concentrent de mi-juin à mi-août, ce qui verdit la steppe et complique parfois les pistes. La vallée se prête particulièrement aux randonnées équestres de 3 à 7 jours, en autonomie avec un cuisinier et un guide-cavalier, en logeant chez l'habitant ou sous tente. C'est aussi la région où l'on rencontre encore quelques familles pratiquant la transhumance verticale, descendant vers la rivière en hiver et remontant sur les estives du Khangaï en été.

À découvrir

Monastère d'Erdene Zuu et 108 stupas. L'enceinte carrée de 400 mètres de côté ponctuée de stupas blancs, et trois temples du XVIe siècle bâtis sur les pierres de Karakorum. Nous le visitons en fin de journée, quand la lumière rasante sort les fresques des pénombres.

Chutes d'Ulaan Tsutgalan. Cascade de 24 mètres dans une gorge basaltique au cœur d'un plateau volcanique. Bivouac possible sur la rive, à deux heures de marche du point de vue principal.

Randonnée à cheval de 4 à 6 jours. Itinéraires entre Khujirt, Tsenkher et la rivière Orkhon, en compagnie d'un cavalier-guide local. Étapes de 25 à 35 km par jour, nuits chez les éleveurs ou en tente.

Sources chaudes de Tsenkher. Eau sulfureuse jaillissant à 86°C, refroidie dans des bassins extérieurs à 40°C. Particulièrement appréciable après deux ou trois jours à cheval, et utile lors des soirées froides de septembre.

Khar Balgas, capitale ouïgoure oubliée. Ruines d'une ville fondée en 751, antérieure de cinq siècles à Karakorum, dont il reste les remparts en terre crue et une stèle trilingue. Site quasi désert, à 30 km au nord de Kharkhorin.

Quand y aller

La fenêtre confortable s'étend de mi-juin à mi-septembre. Juillet et août sont les mois les plus verts, avec 22 à 25°C en journée, mais aussi les plus pluvieux : comptez 60 à 80 mm de pluie par mois, concentrés en orages de fin d'après-midi qui ramollissent les pistes secondaires. Début juillet coïncide avec le Naadam national (11-13 juillet), suivi des Naadam locaux dans les soums voisins, qui restent plus authentiques que celui d'Oulan-Bator. Septembre est notre mois préféré : températures encore de 15 à 20°C en journée, steppe dorée, troupeaux qui descendent des estives, et beaucoup moins de visiteurs à Erdene Zuu.

Nous déconseillons la période de novembre à mars : les températures plongent à -25°C voire -35°C, les éleveurs se replient dans leurs campements d'hiver moins accessibles, et l'airag n'est plus produit. Avril et mai restent capricieux, avec des tempêtes de poussière et une steppe encore jaune. Mai à mi-juin reste possible pour qui cherche le calme et accepte des nuits à 0°C.

Conseils pratiques

Comptez au minimum 4 jours sur place, idéalement 6 à 7. Kharkhorin est à 380 km d'Oulan-Bator, soit 7 à 8 heures de route mixte (asphalte jusqu'à Lün, puis route récente jusqu'à Kharkhorin). L'option vol existe depuis l'aéroport de Kharkhorin, mais les rotations sont irrégulières. Nous organisons généralement la vallée en boucle avec la steppe centrale au départ d'Oulan-Bator, ou en transition vers le sud avant d'attaquer le Gobi par Bayanzag. La combinaison Orkhon + Gobi en 12 à 14 jours reste notre circuit le plus demandé. Pour les voyageurs disposant de 18 à 21 jours, l'enchaînement Orkhon, Khangaï, lac Khövsgöl par les pistes du nord offre la diagonale nomade la plus cohérente.

Le confort est celui du camp de yourtes touristique standard (lits, poêle à bois, sanitaires communs) ou de la yourte chez l'habitant (couchage au sol, toilettes extérieures). Quelques camps de meilleur standing existent près de Tsenkher. La région convient bien aux familles avec enfants à partir de 7-8 ans, aux cavaliers même débutants, et aux voyageurs intéressés par l'histoire et l'ethnographie nomade. Elle conviendra moins aux amateurs de paysages spectaculaires bruts, qui préféreront l'Altaï ou le Gobi.

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