Lac Khövsgöl
Aux portes de la Sibérie, 136 km d'eau pure cernés de mélèzes, royaume des éleveurs de rennes Tsaatan et contre-point boisé aux steppes du sud.
Le lac Khövsgöl occupe une cuvette tectonique au nord de la Mongolie, à 1 645 mètres d'altitude, contre la frontière russe de la république de Touva. Long de 136 kilomètres, large de 36, profond de 267 mètres au point le plus bas, il contient à lui seul près de 70 % de l'eau douce du pays. Nous le décrivons souvent comme le pendant mongol du Baïkal sibérien, situé à 200 kilomètres à vol d'oiseau : même origine géologique, même eau transparente que l'on peut boire directement depuis la berge, même cortège de poissons endémiques comme l'omoul et le lenok.
Le contraste avec le reste de la Mongolie frappe dès l'arrivée. Quand le sud du pays déroule ses steppes sèches et son désert, le pourtour du Khövsgöl est tapissé de forêts de mélèzes de Sibérie, de pins cembros et de bouleaux qui descendent jusqu'à l'eau. C'est la limite méridionale de la taïga. Les versants des monts Khoridol Saridag, à l'ouest, dépassent les 3 000 mètres et restent enneigés tard dans la saison. La rive est, plus douce, accueille la majorité des campements de yourtes et les deux principaux points d'accès, Khatgal au sud et Khankh au nord.
La région est habitée par des éleveurs mongols Darkhad dans la vallée éponyme, à l'ouest du lac, et par les Tsaatans plus au nord. Les Tsaatans, environ 200 familles, vivent dans la taïga des monts Sayan en élevant des rennes, dans des tipis en toile appelés ortz. Nous organisons les visites de leurs campements depuis le village de Tsagaannuur, à l'extrémité ouest de la vallée du Darkhad. Compter deux à trois jours à cheval pour atteindre les campements d'été (taïga de l'est) et davantage pour ceux d'hiver, plus reculés. Cette rencontre n'a de sens qu'avec un protocole respectueux et un guide qui parle leur dialecte touva : nous y veillons systématiquement.
Le mode de vie autour du lac reste rural. Pêche réglementée, élevage de yaks, ramassage des pignons de pin en automne, exploitation modérée du bois. Khatgal, ancien port soviétique d'où partaient les barges de carburant vers la Russie, compte aujourd'hui 3 000 habitants et sert de base logistique : c'est de là que partent les randonnées équestres autour du lac, les sorties en kayak et les traversées hivernales sur la glace, organisées en mars lors du festival Ice Khövsgöl.
Côté patrimoine, le secteur recèle plusieurs sites chamaniques. Les Mongols vénèrent le lac sous le nom de Dalai Eej, la mère océan. Le mont Toson Khulstai et plusieurs ovoo (cairns rituels) ponctuent les caps de la rive ouest. Les pierres à cerfs de l'âge du bronze, disséminées dans la vallée de Mörön et autour d'Uushigiin Uver, comptent parmi les plus belles du pays : nous y faisons systématiquement étape à l'aller ou au retour. La ville de Mörön, capitale provinciale à 100 kilomètres au sud du lac, dispose d'un aéroport relié à Oulan-Bator en 1h30 de vol.
En juillet, chaque sum (district) organise son propre Naadam local, plus authentique que celui de la capitale : lutte mongole, courses de chevaux d'enfants sur 15 à 30 kilomètres, tir à l'arc. Celui de Khatgal se tient généralement autour du 11 juillet. C'est l'occasion de voir les familles d'éleveurs descendre des estives en deel de soie, parfois trois générations sur une même selle.
À découvrir
Tour du lac à cheval depuis Khatgal. Randonnée équestre de 8 à 12 jours le long de la rive ouest, bivouacs chez les familles d'éleveurs, traversée des cols de Jankhai et Borsogo avec vue plongeante sur l'eau turquoise.
Campement Tsaatan dans la taïga. Deux à trois jours à cheval depuis Tsagaannuur pour rejoindre un campement d'éleveurs de rennes, nuit en ortz, traite des femelles au lever du jour.
Naadam de Khatgal en juillet. Courses de chevaux d'enfants sur la steppe lacustre, combats de lutte sur herbe et concours de tir à l'arc, dans une ambiance villageoise loin des foules d'Oulan-Bator.
Pierres à cerfs d'Uushigiin Uver. Quatorze stèles gravées de l'âge du bronze alignées dans la steppe près de Mörön, parmi les ensembles funéraires les mieux conservés d'Asie centrale.
Festival Ice sur le lac gelé. Début mars, courses de patins, sculptures sur glace et chamanisme rituel sur la surface gelée du lac, alors épaisse de 1,2 mètre et carrossable en 4x4.
Quand y aller
La saison utile est courte. Nous recommandons la fenêtre de mi-juin à début septembre. En juin, les températures diurnes oscillent entre 15 et 22°C, les fleurs alpines couvrent les versants, mais les nuits restent fraîches (3 à 7°C) et le sol peut être détrempé par la fonte tardive. Juillet et août sont les mois les plus stables avec 20 à 25°C en journée, c'est aussi la période des Naadam locaux et des pluies d'averses brèves en fin d'après-midi. Septembre offre une lumière remarquable et les couleurs d'automne sur les mélèzes vers le 10-20 du mois, mais les premières gelées arrivent vite.
D'octobre à mai, la région bascule dans l'hiver sibérien. Le lac gèle entièrement de janvier à mai, avec des minimales nocturnes de -30 à -40°C en janvier-février. Cette période n'a d'intérêt que pour des voyageurs aguerris venus pour le festival de glace de début mars, où les températures remontent autour de -15°C en journée. Nous déconseillons mai et début juin pour la visite des Tsaatans : la fonte rend les pistes impraticables et les rennes sont en pleine mise bas, période où les familles préfèrent ne pas recevoir.
Conseils pratiques
Nous conseillons un minimum de 4 jours sur place pour justifier le déplacement, idéalement 6 à 8 jours si vous souhaitez combiner le tour partiel du lac et une visite chez les Tsaatans (qui demande à elle seule 5 à 7 jours depuis Mörön, dont 4 à cheval). Le point d'entrée logique est l'aéroport de Mörön, desservi quotidiennement depuis Oulan-Bator en 1h30 de vol. La route depuis la capitale est faisable mais représente 18 à 20 heures de piste, ce qui n'a d'intérêt que combiné à des étapes intermédiaires comme Amarbayasgalant ou la vallée de l'Orkhon.
Le Khövsgöl se combine très bien avec la Vallée de l'Orkhon en venant par la route, ou avec le désert de Gobi en utilisant Oulan-Bator comme pivot aérien (vol Mörön-OB-Dalanzadgad). Pour les itinéraires de 15 à 21 jours, c'est l'enchaînement que nous proposons le plus souvent. Le confort autour du lac est correct : nous travaillons avec trois camps de yourtes à Khatgal et sur la rive est, disposant de sanitaires privatifs. Chez les Tsaatans, en revanche, les conditions sont rustiques (tipi partagé, pas d'électricité, toilettes sèches). Cette destination convient aux contemplatifs amateurs de nature froide, aux cavaliers même débutants, et aux familles avec enfants à partir de 10 ans pour la partie lac. Les Tsaatans demandent une bonne condition physique et un vrai intérêt ethnographique, pas une curiosité de passage.














