Désert de Gobi
Steppe semi-aride plutôt que mer de sable, le Gobi mongol mêle dunes de 300 m, falaises à dinosaures, canyon glacé et familles d'éleveurs de chèvres cachemire.
Le Gobi couvre près de 1,3 million de km² entre la Mongolie et la Chine, dont environ 500 000 km² côté mongol, répartis sur les provinces d'Ömnögovi, Dornogovi, Dundgovi et Govi-Altaï. Contrairement à l'image qu'on en a, le sable ne représente que 3 à 5 % de la surface : l'essentiel est une steppe sèche caillouteuse, ponctuée de massifs rocheux usés, de canyons et de plateaux d'altitude qui culminent à 2 800 m dans les monts Gurvan Saikhan. C'est cette diversité de reliefs, et non l'uniformité dunaire, qui structure un voyage dans la région.
Le point d'entrée naturel est Dalanzadgad, capitale de l'Ömnögovi, reliée à Oulan-Bator par un vol de 1h15 ou par 540 km de route bitumée depuis 2019. Depuis cette ville de 20 000 habitants, on rayonne sur des pistes parfois sablonneuses, parfois caillouteuses, où l'on dépasse rarement 50 km/h. Compter deux jours de 4x4 pour rejoindre Khongoryn Els, le cordon dunaire de 180 km de long et jusqu'à 300 m de haut, surnommé localement Duut Mankhan, les sables qui chantent, à cause du grondement provoqué par le glissement des grains les jours de vent.
Les falaises de Bayanzag, à 100 km au nord-ouest de Dalanzadgad, sont le second pôle classique. C'est là qu'en 1923, l'expédition de l'American Museum of Natural History menée par Roy Chapman Andrews exhuma les premiers œufs fossiles de dinosaures connus, attribués à Protoceratops. Les fouilles continuent aujourd'hui dans le secteur de Nemegt et Tugrugiin Shiree, et certains os affleurent encore au pied des falaises rougeâtres. Plus à l'est, le canyon de Yolyn Am, dans le parc national de Gurvan Saikhan, abrite un glacier résiduel qui persiste jusqu'en juillet certaines années : on y marche entre des parois de 200 m, dans 4 à 5 °C alors qu'il fait 35 °C à 30 km de là.
Le Gobi est habité, et c'est ce qui le distingue de la plupart des déserts. Environ 160 000 personnes vivent dans l'Ömnögovi, en grande majorité des éleveurs nomades dont les troupeaux mêlent chèvres cachemire, moutons, chameaux de Bactriane et chevaux. La chèvre cachemire est ici la ressource centrale : la Mongolie produit environ 40 % du cachemire brut mondial, et une part importante vient du Gobi. Le peignage du duvet, en avril-mai, est l'un des moments forts du calendrier des familles, qu'on peut accompagner si l'on voyage au printemps. Les repas pris sous la yourte tournent autour du tsuivan, nouilles sautées à la viande de mouton, du khuushuur, beignet plat frit, et du thé salé au lait, suutei tsai.
Côté faune, le Gobi reste l'un des rares territoires où subsistent le chameau sauvage de Bactriane, environ 800 individus dans la zone strictement protégée du Grand Gobi A, le léopard des neiges dans les Gurvan Saikhan, l'ours du Gobi ou mazaalai, dont il ne resterait qu'une trentaine d'individus, et de grandes hardes de gazelles à queue noire. On ne croise pas ces animaux par hasard : il faut planifier avec un guide naturaliste, et accepter de longues journées de pistage. Pour le voyageur, la rencontre la plus accessible reste celle du chameau de Bactriane domestique, monté en fin de journée dans les dunes pour 1 à 2 heures.
Le Gobi se mérite : distances longues, confort sommaire en camp de yourtes, journées chaudes et nuits froides. Mais c'est précisément cette amplitude géographique et thermique, doublée d'une vie pastorale encore active, qui fait la singularité de la région par rapport au reste du pays.
À découvrir
Dunes de Khongoryn Els au crépuscule. Montée à pied jusqu'à la crête des dunes vers 19h en été, quand le sable a refroidi. Vue sur 100 km de cordon dunaire au sud, et sur la steppe verte au nord, traversée par la rivière Khongor où s'abreuvent les chameaux.
Falaises de Bayanzag et paléontologie. Marche d'une heure le long des Flaming Cliffs, ainsi nommées par Roy Chapman Andrews en 1922. Le sol contient encore des fragments d'os fossilisés visibles à l'œil nu, à ne pas prélever : la loi mongole l'interdit strictement.
Canyon glacé de Yolyn Am. Randonnée de 2 à 3 heures dans une gorge de 8 km où la glace persiste jusqu'en juillet. Le petit musée à l'entrée présente les espèces du parc Gurvan Saikhan, dont le bouquetin de Sibérie souvent visible sur les versants.
Nuit chez des éleveurs de cachemire. Étape de 2 nuits dans une famille du sum de Bulgan ou Bayandalai, participation au rassemblement des troupeaux au coucher du soleil et au traite des chèvres au lever. En avril-mai, peignage du duvet de cachemire à la main.
Vallée des vautours de Yolyn Am. Au-dessus du canyon, observation depuis un point fixe des vautours moines et gypaètes barbus qui nichent dans les parois calcaires. Présence régulière entre mai et septembre, jumelles indispensables.
Quand y aller
La saison praticable s'étale de mi-mai à fin septembre. Juin et septembre sont, à notre avis, les meilleurs mois : journées entre 22 et 28 °C, nuits autour de 8 à 12 °C, vents modérés. Juillet-août sont les plus chauds, avec des pointes à 38-40 °C en milieu de journée dans les zones basses comme Bayanzag, et de rares mais violents orages de sable. La pluviométrie reste faible, 100 à 130 mm par an, concentrée en juillet, ce qui ne perturbe que ponctuellement les pistes.
À partir de fin septembre, les nuits passent sous 0 °C en altitude dans les Gurvan Saikhan, et les camps de yourtes touristiques ferment progressivement entre le 10 et le 25 octobre. De novembre à avril, les températures descendent jusqu'à -25 °C, certaines pistes deviennent impraticables et seules des expéditions spécifiques, photographie de léopard des neiges ou rencontre avec les éleveurs en hivernage, justifient le déplacement. Le Tsagaan Sar, nouvel an lunaire en février, peut être l'occasion d'un séjour en famille, mais demande une vraie tolérance au froid.
Conseils pratiques
Nous conseillons un minimum de 6 jours sur place pour rendre justice à la région : 1 jour de transfert vers Dalanzadgad (vol ou route), 2 jours autour des Gurvan Saikhan et Yolyn Am, 2 jours pour Khongoryn Els avec une nuit en famille, 1 jour pour Bayanzag avant le retour. En 4 jours, on se limite aux Gurvan Saikhan et à Bayanzag, sans atteindre les grandes dunes. Pour les voyageurs en quête de paléontologie ou de zones reculées comme Nemegt et Khermen Tsav, prévoir 9 à 10 jours.
La combinaison la plus logique depuis Oulan-Bator est Gobi puis Vallée de l'Orkhon, en remontant par la piste centrale via Arvaikheer, ce qui évite un aller-retour par la capitale. Pour un itinéraire de 3 semaines, on enchaîne Gobi, Orkhon, Lac Khövsgöl, puis retour. L'Altaï mongol, plus à l'ouest, demande un vol supplémentaire et se combine rarement avec le Gobi sur un même voyage, sauf 25 jours et plus. Le confort reste rustique : yourtes touristiques avec lits et poêle à bois, sanitaires partagés, électricité solaire limitée. La région convient aux contemplatifs, aux photographes et aux familles avec enfants à partir de 8-10 ans, à condition d'accepter 4 à 6 heures de piste quotidienne.
























