Accord minier, manifestation et prohibition

Trois événements simultanés en trois jours ont eu lieu en Mongolie depuis le lundi 5 avril au mercredi 7 : toute vente d’alcool a été prohibée, 5.000 personnes ont manifesté dans les rues d’Ulaanbaatar et le développement d’exploitation minière, notamment celle de la mine d’Oyu Tolgoi, fait la une.

Difficile de voir un rapport entre ces trois faits, et pourtant ils sont intimement liés. Avant tout, il faut savoir que la Mongolie est une des plus grandes réserves de minerais en tous genres (or, cuivre, charbon, uranium, fer, pétrole…) du monde. Longtemps restées inexploitées, elles attisent aujourd’hui toutes les convoitises. Le gouvernement espère que ces exploitations déclencheront une nouvelle vague d’industrialisation, permettant d’améliorer le savoir-faire de la main d’oeuvre mongole et l’auto-production de biens modernes. On prévoit déjà une multiplication par trois du PIB d’ici 2020.

Mais de toutes ces exploitations, qui ne devraient commencer à transformer le visage de l’économie du pays qu’à partir de 2013, celle qui s’attire le plus d’attention est la mine d’Oyo Tolgi dans la région du Gobi Sud. De la taille de l’île de Manhattan, on pourrait en extraire du cuivre et de l’or pour les 60 années à venir. De quoi alimenter de manière significative les coffres de l’état, investisseur à 34% du projet.

Cette future entrée d’argent conséquente n’a pas échappé aux candidats démocrates et communistes, les deux mouvements de tête du pays, lors des dernières élections en 2008. Ils ont à cette époque, promis que tout mongol travaillant dans le milieu minier, recevrait 1.000$ de la part de l’état. Ils s’engageaient à utiliser également les retombées économiques pour améliorer en priorité les secteurs de l’éducation, de la santé, du logement et de la protection sociale.

Les opposants ont jugé ces engagements comme étant irresponsables, un désir de gagner des votes par la facilité en jouant avec la pauvreté des gens.

Aujourd’hui, en 2010, les partis démocrates et communistes cohabitent au pouvoir, mais les aucune promesse n’a été concrétisée. D’où la manifestation en nombre du peuple. Un peuple d’autant plus frustrés et désabusés par ces fausses promesses, qu’il voit son nombre de chômeurs augmenter. En effet le Zud (phénomène météorologique caractérisé par un été sec et un hiver rigoureux qui empêche détruit les zones de pâturages) des années 2000 avait fait passer la capitale, Ulaanbaatar, d’une population de 600.000 à plus d’un million. Hors un nouveau Zud à frapper le monde nomade cette année, décimant plus de quatre millions d’animaux, et déjà on voit arriver dans les camps de yourtes qui entoure la capitale des familles entières de nomades ayant tout perdu.

« Les promesses faites pendant les élections doivent être tenues. », affirme D. Zorgit, ministre des ressources minérales et de l’énergie. « Sinon, dans une jeune démocratie comme la nôtre, un peuple perd confiance en son gouvernement et les partis politiques. De plus nous sommes actuellement confrontés à une baisse de notre économie dû à la crise internationale. C’est pourquoi cette mesure devrait être vu comme une manière de relancer la consommation. »

Ce qui est certain, c’est que le peuple sait que des milliards de dollars vont se déverser dans les coffres de l’état. Reste maintenant à voir comment le gouvernement compte les dépenser.

Et la prohibition de la vente d’alcool dans tout ça, me direz-vous? Pour le lundi, rien d’exceptionnel, puisque c’est le premier lundi du mois c’est tout simplement une mesure de précaution pour éviter les débordements des manifestations de 2008 qui avait entraîné la mort de 5 personnes.

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